
16 Mai 2026 – Titanique – St. James Theatre, New York (2026)
J’avais déjà vu « Titanique » en 2024, dans sa version off-Broadway, et j’avais trouvé ça franchement très drôle. Quand j’ai appris que le show allait débarquer à Broadway, je ne me suis pas dit pour autant : il faut absolument que j’y retourne. Je l’avais vu, j’avais ri, et je pensais honnêtement en rester là 🤷 Sauf que cette saison à Broadway est d’une pauvreté assez abyssale. À un moment, il faut bien trouver de quoi s’occuper 😅 Je me suis donc finalement laissé tenter, avec une vraie question en tête : est-ce que le show allait survivre au passage dans un grand théâtre de Broadway ? La réponse est oui. Mais pas sans quelques nuances.
Le point de départ reste parfaitement absurde, et c’est évidemment tout l’intérêt. On commence dans un musée consacré au Titanic. Les visiteurs admirent sagement le légendaire « Cœur de l’Océan » quand une femme couverte de détritus interrompt la visite guidée. Elle révèle alors son identité : Céline Dion 😱 Elle affirme avoir été à bord pendant la traversée inaugurale et décide donc de raconter sa propre version de l’histoire de Jack et Rose, évidemment ponctuée de ses plus grands tubes !

Comme tout le monde connaît déjà le film par cœur, l’histoire ne réserve aucune vraie surprise narrative. Et je ne crois pas que ce soit le but. « Titanique » ne cherche pas à réinventer Titanic : il prend le film, le passe au mixeur avec Céline Dion et une bonne dose de n’importe quoi. Le résultat est brillant, bête et souvent hilarant. Ce qui fait la force du texte, c’est surtout sa densité en références. Le show s’adresse clairement à un public familier de la culture pop, de la scène queer et du monde de Broadway. La séquence la plus inventive du spectacle, à mes yeux, reste d’ailleurs l’impro sur un musical « Jurassic Park ». Céline Dion avoue avoir oublié la suite de l’histoire, et les acteurs improvisent alors une adaptation musicale du film de Spielberg. Jack devient Jeff Goldblum, Rose se transforme en Laura Dern, et Frankie Grande, torse nu, finit par incarner un dinosaure gay baptisé le « Suckadickasaurus » 🤭 C’est dans ces moments-là que « Titanique » fonctionne le mieux : quand le show assume pleinement d’être grotesque.
Le passage le plus drôle de la soirée, sans hésitation, reste celui où l’iceberg se révèle être incarné par Tina Turner, et où les personnages doivent « lip sync for their life » pour décider de leur sort comme dans « RuPaul’s Drag Race ». Layton Williams, qui interprète l’iceberg ‘bitch’, est remarquable. Le public s’en donne à cœur joie. Pour les non-initiés à « Drag Race », la scène fonctionne quand même, parce qu’elle est ridiculement drôle. Pour les connaisseurs, c’est de la pure jubilation, avec au passage quelques clins d’œil bien sentis à Miss Vanjie ou Discord Addams. Là, on est clairement sur un humour de niche, et certaines blagues risquent sans doute de laisser de côté une partie du public. Ce n’est pas forcément un défaut, mais c’est à signaler.

La liste des chansons est plutôt bien construite. On y retrouve évidemment les tubes incontournables de Céline Dion, comme « I’m Alive » ou « My Heart Will Go On », mais aussi quelques titres moins attendus, comme « Taking Chances » ou « You & I ». Le grand changement de cette version Broadway, c’est l’orchestre. Là où la version off-Broadway fonctionnait avec un tout petit effectif, Broadway accueille désormais dix-huit musiciens, et ça s’entend immédiatement.
Le décor est en revanche minimaliste : des marches, l’orchestre visible au centre de la scène, et des rangées de spots lumineux qui, selon l’angle, évoquent vaguement la proue d’un navire. On est davantage dans une esthétique de concert que dans une comédie musicale traditionnelle. Honnêtement, le décor en lui-même n’apporte pas grand-chose à la narration. Il sert surtout de terrain de jeu aux acteurs, et c’est peut-être mieux ainsi. Et justement, je pense qu’il faut être assez proche de la scène pour profiter pleinement des expressions faciales, qui font une grande partie du charme du spectacle. C’est là que le passage à Broadway montre un peu ses limites. Dans une salle plus petite, chaque regard et chaque grimace se captaient sans effort. Au St. James Theatre, selon votre place, ce sera plus compliqué 🤔

Le cast réunit une bonne dizaine d’interprètes, et il y a de très bonnes surprises. Melissa Barrera, en Rose, et Deborah Cox, en Molly Brown sont mes coups de cœur de la soirée : la puissance de Deborah Cox sur « All By Myself » lui a valu une standing ovation pleinement méritée en plein milieu de la représentation. Je veux aussi citer John Riddle, en Cal, qui est l’autre très bonne surprise de la soirée. Quand il lâche enfin les chevaux sur « Seduces Me », l’effet est immédiat 😍 Mais la vraie révélation, à mes yeux, reste Layton Williams, qui incarne le Marin et l’Iceberg. Il a une présence scénique folle, un sens du timing comique redoutable, et dès qu’il arrive en Tina Turner, on passe clairement à un autre niveau de spectacle ! Il était génial !
Je dois avouer que le reste de la distribution m’a paru plus inégale. Marla Mindelle, qui a coécrit le spectacle et incarne Céline Dion, se trouve dans une position délicate. Son mimétisme physique est bien vu, mais vocalement j’ai trouvé ça moins convaincant. Frankie Grande est lui aussi variable : certaines chansons sont très bien menées, d’autres partent davantage dans tous les sens. Jim Parsons, en Ruth, la mère de Rose, joue l’un des personnages les plus drôles du show, avec des répliques assassines tout au long du spectacle. La voix n’est pas extraordinaire, mais pour ce rôle, ce n’est pas vraiment le sujet. Il est là pour être sec et méchant, et ça fonctionne très bien 😛 J’ai trouvé que le spectacle mettait un peu de temps à se mettre en place. Les 100 minutes sans entracte sont, en revanche, une excellente décision : une pause aurait sans doute cassé l’élan.

En conclusion, je dirais que j’ai moins ri que lors de ma première fois off-Broadway. Ce n’est pas forcément la faute de l’adaptation. C’est peut-être l’effet de surprise qui s’est dissipé 🤷 Quelques blagues et quelques nouveautés ont été ajoutées pour coller à l’actualité, mais l’essentiel du spectacle reste le même. Et c’est là que se trouve ma principale réserve : le transfert à Broadway fonctionne, mais si le spectacle gagne en prestige, il perd un peu de cette proximité et connivence qui faisait le charme de la version off-Broadway.
Au final, « Titanique » reste un spectacle hilarant, et porté par une vraie intelligence dans l’écriture. Le show sait exactement comment doser la parodie, les références et les tubes de Céline Dion. Si vous ne l’avez jamais vu, vous devriez très probablement passer une excellente soirée, surtout si vous avez un minimum d’affect pour la culture queer 🏳️🌈 Si vous l’avez déjà vu off-Broadway, en revanche, ce n’est pas indispensable d’y retourner. J’ai passé un bon moment, mais je garde malgré tout une vraie préférence pour l’expérience plus intime de la version précédente. Pour termine, je vous propose de me rejoindre sur Facebook, X et Instagram et vous invite à découvrir les autres comédies musicales auxquelles j’ai assisté en cliquant ici : #Broadway.
Extraits « Titanique »
