
1er Septembre 2026 – The Lion King (Le Roi Lion) – Minskoff Theatre, New York
Je viens de voir Le Roi Lion pour la 3e fois, et c’est une grande première pour moi : je n’avais encore jamais revu un même musical 3 fois. La première fois, c’était à Londres, en 2015. La deuxième, en 2018, juste après mon arrivée à New York. L’occasion, cette fois, c’est la visite de ma mère à New York, sa toute première depuis que j’y ai emménagé. Je voulais quand même lui faire découvrir un peu la vie new-yorkaise, alors direction Broadway pour un classique absolu 🦁
Et classique absolu, Le Roi Lion l’est à tous les niveaux. Le spectacle joue sans interruption depuis 1997 et comptabilise aujourd’hui plus de 11 000 représentations. C’est le 3e run le plus long de toute l’histoire de Broadway, derrière Le Fantôme de l’Opéra et Chicago. Ce qui frappe quand on parle du spectacle, c’est de voir à quel point il reste encore autant apprécié depuis 30 ans (ou presque). Pour les deux ou trois personnes qui ne connaîtraient pas encore l’histoire : Simba est le fils du roi Mufasa, qui règne sur la savane. Une catastrophe familiale, la mort de son père, le pousse à l’exil, où il devra affronter sa propre culpabilité avant d’accepter, enfin, sa responsabilité et son identité. Le spectacle se termine sur son retour en grâce à la tête du royaume. Un parcours initiatique d’une simplicité redoutable, et c’est justement ce qui en fait la force.

Le film d’animation de 1994 ne comptait que cinq chansons. Il a donc fallu écrire beaucoup de matière supplémentaire pour Broadway. Et malgré ces ajouts, la comédie musicale garde l’efficacité et la simplicité du film d’origine. Le premier acte pose l’enfance de Simba puis la catastrophe. Le second déroule les conséquences : la détérioration du royaume sous le règne de Scar, la quête d’identité de Simba, et son retour final. Je pense sincèrement que ce qui fait tenir Le Roi Lion depuis 30 ans, au-delà de l’intrigue elle-même, c’est que le récit reste accessible à tous les niveaux de lecture. Les enfants y voient une aventure extraordinaire, les adultes une réflexion sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, la transmission, et même le deuil. Et ce qui fonctionne particulièrement bien, à mon sens, c’est l’oscillation permanente entre la comédie, héritée du dessin animé, et les moments de tragédie. On rit avec Timon et Pumbaa, et cinq minutes plus tard on est au bord des larmes devant Simba qui parle à son père dans les étoiles. C’est cet équilibre-là qui fait tout le sel du spectacle.
C’est Elton John qui a composé les chansons du film, et on les connaît quasiment toutes par cœur : « Circle of Life », « I Just Can’t Wait to Be King », « He Lives in You », « Be Prepared », et bien sûr « Can You Feel the Love Tonight », qui reste l’un des plus gros tubes de Disney. Mais au-delà de ces titres qu’on est toujours ravi de ré-entendre, ce sont les arrangements live qui font toute la différence, notamment grâce au travail de Lebo M. J’avais complètement oublié à quel point « He Lives in You » est transcendé par les chœurs africains dans le deuxième acte. Ça a été l’un de mes moments préférés de la soirée ! 🥹 J’ai aussi beaucoup aimé la bascule presque disco-pop de « Be Prepared », qui tourne en dérision les hyènes en train de se préparer à la guerre. Mais la vraie surprise de la soirée cette fois, c’est « Shadowland », le numéro de Nala au moment où elle décide de quitter le royaume qui m’a mis les poils.

Mise en scène, décor, éclairages, accessoires. S’il y a un domaine où Le Roi Lion reste totalement indépassable, c’est bien celui-ci. Malgré ses presque 30 ans, l’esthétique du spectacle n’a pas pris une ride, et c’est sans doute sa plus grande réussite. L’idée des masques pour les comédiens, de laisser visibles les manipulateurs, les fils, les échasses, c’est du génie ✨ On voit très clairement un comédien porter une tête de lion, et pourtant notre cerveau accepte immédiatement l’illusion, on ne voit que le personnage. Résultat, l’ensemble est d’une poésie rare : l’entrée en scène sur « Circle of Life » reste un modèle du genre. C’est notre premier contact avec le spectacle, les animaux traversent la salle, et on est cueillis dès les premières minutes. Ce qui me frappe aussi, c’est l’absence totale de vidéo. Pas une seule projection sur toute la durée du spectacle. Juste des décors physiques, des lumières, des couleurs, des silhouettes, et ça suffit amplement à construire un univers qui fonctionne parfaitement, même en 2026.
La scène qui me marque le plus à chaque fois c’est quand les gnous poursuivent Simba dans la vallée. C’est un des moments les plus impressionnants du spectacle grâce au travail sur la perspective : au loin, une simple toile peinte qui défile, puis un petit rouleau avec des marionnettes de plus en plus grosses à mesure qu’on se rapproche du public, puis des comédiens masqués qui prennent le relais au premier plan. Le tout dans une fluidité remarquable.

L’ensemble compte une quarantaine d’artistes et c’est là, je dois l’avouer, que le spectacle m’a moins convaincu. J’ai adoré Rafiki, interprétée par Ntsepa Pitjeng-Molebatsi : elle est impressionnante, pleine de présence. En revanche, je n’ai pas du tout été convaincu par le reste du cast, notamment Michael Alexander Henry en Mufasa ou Gavin Lee en Scar. Sa voix était criarde et pas très intéressante. Je m’étais fait la même réflexion avec le cast de 2018.
Ceci dit, ça n’a en rien entaché mon plaisir global : la salle était d’ailleurs toujours aussi enthousiaste. Et ça confirme ce qui fait, je crois, le vrai moteur du spectacle. Ce n’est pas telle ou telle performance individuelle qui porte Le Roi Lion depuis 30 ans, c’est l’alliance de la mise en scène, de la simplicité du récit et de chansons devenues iconiques. C’est ce trio-là, plus que le casting du moment, qui explique pourquoi ce spectacle reste un tel blockbuster. Aussi pour vous amis francophones : l’accessibilité est excellente, même sans un anglais parfait. Tout le monde connaît plus ou moins l’histoire, et le visuel raconte à lui seul l’essentiel. Un meilleur niveau d’anglais aidera surtout à comprendre l’humour de Zazu et Timon. Vous ne passerez à côté de rien 😉

Le Roi Lion de 1997 est encore parfaitement parfait en 2026, et c’est bien ça le plus beau compliment qu’on puisse lui faire. Sa mise en scène, tout entière fondée sur des mécanismes de marionnettes et un savoir-faire artisanal, n’a strictement rien perdu de sa beauté et de son efficacité, alors même que les nouvelles technologies auraient pu la rendre datée. Je pense sincèrement que Disney a fait le bon choix ici en laissant libre cours à l’équipe créative. D’une certaine manière, je trouve que le théâtre a fini par transcender le film plutôt que l’inverse.
Sur le plan personnel, j’étais ravi de le revoir. J’avais un peu peur de m’ennuyer, vu que je connaissais déjà le spectacle par cœur, mais huit ans ont passé depuis ma dernière visite, et j’avais oublié beaucoup de choses. Ça m’a permis de me concentrer sur les détails et les chansons moins connues. Pour un premier Broadway, c’est clairement la comédie musicale parfaite : lisible, accessible, avec vraiment tout dedans, l’histoire, la mise en scène, l’émotion. Ma mère était ravie ! ❤️ Donc si vous ne l’avez encore jamais vu, foncez : c’est un classique qui mérite amplement sa réputation, même si, comme moi cette fois, vous devriez tomber sur un cast qui manque un peu de carrure. Comme toujours, n’hésitez pas à réagir en commentaire ou sur les réseaux sociaux Facebook, X et Instagram et à me dire si vous l’avez vu récemment vous aussi.
Extraits « The Lion King (Le Roi Lion) »
