
25 Mars 2026 – CATS: The Jellicle Ball – Broadhurst Theatre, New York (2026)
J’avais déjà consacré un article à CATS: The Jellicle Ball en 2024, après sa version off-Broadway, et à l’époque, je ne savais pas que j’aurais l’occasion d’y retourner ! Quand j’ai appris que le show était transféré à Broadway, la décision s’est imposée d’elle-même. Je l’avais adoré la première fois, et j’y avais beaucoup repensé ensuite. Donc d’un côté j’étais ravi, et de l’autre un peu inquiet aussi, parce que la version off-Broadway reposait sur une mise en scène très particulière : un long catwalk traversant toute la salle, une immersion totale, une proximité avec le public difficile à reproduire ailleurs. Comment transplanter tout ça dans un théâtre classique de Broadway ? Réponse dans les lignes qui suivent !
Rappel pour ceux qui ne connaissent pas CATS : c’est une comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber sur des chats qui se réunissent pour leur bal annuel, lors duquel l’un d’eux sera choisi par le chef de la tribu pour accéder au paradis des chats et renaître dans une nouvelle vie. Dans cette version Ballroom co-signée par Zhailon Levingston et Bill Rauch, le Jellicle Ball devient une vraie compétition de Ballroom : vogueing, catégories, juges, runway. Les chats se transforment en performers, et la compétition de danse remplace la simple cérémonie. L’idée est géniale, et le spectacle l’est aussi.

Commençons par le plus faible : l’histoire. Ce n’est pas nouveau pour CATS, mais ça mérite d’être dit clairement. Le scénario n’est pas le point fort du spectacle et tout le monde vous le dira 😅 Le premier tiers du show présente les personnages un par un, sans vraiment suivre quelqu’un en particulier, ce qui rend le début un peu confus. Puis apparaît Grizabella, une chatte bannie de la communauté sans qu’on sache vraiment pourquoi et que l’on reverra finalement assez peu pendant le spectacle. On comprend malgré tout assez vite où veut aller le spectacle. C’est une histoire de rédemption, et c’est cette clocharde de Grizabella qui va avoir le droit d’accéder au paradis des chats ! Mais le chemin pour y arriver reste un mystère pour moi : qu’a-t-elle fait pour mériter sa place au paradis des chats ? J’ai vu le spectacle 2 fois et je n’ai toujours pas compris ! Mais au final ici, dans cette version, l’histoire n’est qu’un prétexte, une toile de fond pour des numéros de Ballroom qui sont, eux, parfaitement exécutés. Et en tant que tel, c’est un prétexte qui fonctionne très bien.
La vraie force du spectacle, c’est la musique. Et là, j’ai été agréablement surpris, plus que la première fois peut-être. Les chansons restent très proches de l’original : pas de versions électro ou boum-boum, on est sur des arrangements fidèles au cast album, avec bien sûr quelques interludes un peu plus dynamiques pour donner de l’air à l’ensemble et offrir un peu d’euphorie et numéros de danse incroyables. Mes favoris de la soirée : la chanson « Gus : The Theatre Cat » interprétée par Junior LaBeija, l’un des Founding Fathers du Ballroom new-yorkais, qui m’avait paru anecdotique en 2024 et qui m’a cette fois vraiment touché, pour sa fragilité et sa sincérité. Et puis « Skimbleshanks : The Railway Cat », qui reste dans mes favoris même si la version de 2024 m’avait peut-être davantage impressionné. Le numéro d’ouverture « Jellicle Songs for Jellicle Cats » était aussi un moment fort. La grande balade « Memory » ? Je laisse aux amateurs le soin d’y verser leur larme. Ce n’est pas vraiment mon truc. Petit avertissement pour ceux qui hésitent à y aller : entre les paroles difficiles à entendre dans l’acoustique de la salle et les références cryptiques à la culture Ballroom, ça peut vite devenir compliqué si vous ne connaissez ni CATS ni le Ballroom. Révisez avant d’y aller !

C’est là que les compromis se voient le plus. En transférant le show dans un théâtre classique, l’équipe a dû revoir ses plans. Le long runway qui traversait toute la salle en 2024 a été réduit à une simple avancée de scène, plutôt petite. C’est le principal problème : les danseurs n’ont pas assez d’espace pour déployer pleinement leurs figures. Certains numéros d’ensemble semblent ramassés sur eux-mêmes, faute de place. Le reste du décor, signé Rachel Hauck, se compose d’une table pour les juges qui sont des célébrités différentes chaque soir, d’un trône pour le Suprême Leader et d’un grand écran qui surplombe le plateau, avec des projections vidéo signées Brittany Bland. C’est fonctionnel. J’avais imaginé un transfert Broadway plus ambitieux visuellement, avec plus de paillettes, plus de couleurs fluos, plus… d’extravagance ! Le show reste dans une esthétique Ballroom fait de bric et de broc, ce qui est cohérent avec l’univers, mais pas vraiment plus impressionnant qu’en 2024. Dommage, parce qu’il y avait une vraie occasion de passer un cap.
Autre grande nouveauté : des gradins sur scène, de part et d’autre de la table des juges. J’ai eu la (mauvaise) surprise de me retrouver sur scène, alors que c’était exactement ce que je voulais éviter. Moi qui préfère être assis face à la scène, j’ai regardé une bonne partie des numéros de dos, ou de trois quarts. Il n’y a pas d’écran de rappel pour voir ce qu’on rate. Ce que j’ai perdu en expressions faciales et en mise en scène, je l’ai compensé en proximité avec les performers. Les chorégraphies de vogueing signées Omari Wiles et Arturo Lyons, vues de si près, c’est effectivement spectaculaire 🔥 Mais pour une première fois, je vous déconseille vraiment ces places. Elles s’adressent à ceux qui connaissent déjà le show et cherchent une expérience immersive. Pour les autres, installez-vous en face et profitez du spectacle dans les règles. Côté costumes, signés Qween Jean : on est dans quelque chose qui est très Ballroom, très flashy, et bien sûr très sexy (pour le coup, ma place sur scène m’a permis d’apprécier ça de très près). Tout le monde parle d’un gros upgrade par rapport à 2024, mais honnêtement, je n’ai pas senti une si grande différence. Je trouve vraiment qu’il manquait une couche de folie pour être à la hauteur d’un Broadway transfer.

Le cast est gigantesque, une vingtaine de performers au moins, et la cohésion d’ensemble est impressionnante. Pas de faux pas, une énergie collective solide, et une vraie présence même en dehors des numéros, quand les performers descendent dans la salle pour interagir avec le public par exemple. André De Shields joue Old Deuteronomy, le Suprême Leader, et reçoit évidemment un tonnerre d’applaudissements à chaque apparition. Sa présence est indéniable. Mais ni son jeu ni sa voix ne m’ont paru à la hauteur de l’enthousiasme que la salle lui réservait. Peut-être que c’est une question de goût. Mon coup de cœur de la soirée, c’est Leiomy, dans le rôle de Macavity. Si vous avez regardé le show TV Legendary, vous la reconnaîtrez 😍 Elle joue la voleuse de service et elle est parfaite : drôle, dynamique, techniquement irréprochable. La voir performer à quelques mètres de moi était un vrai plaisir. Autre belle surprise : Bryson Battle, dans le rôle de Jellylorum, que j’avais découvert cet été dans Saturday Church au New York Theatre Workshop. Je ne l’ai pas identifié tout de suite, à cause du maquillage et de la perruque. Mais dès qu’il a ouvert la bouche, j’ai reconnu sa voix immédiatement. Il a tout pour faire de grandes choses à Broadway. Il faut aussi mentionner Junior LaBeija, dans le rôle de Gus The Theatre Cat, dont le numéro était cette fois l’un des moments les plus émouvants de la soirée : une voix fragile, une sincérité désarmante, comme une parenthèse hors du spectacle. J’étais passé à côté en 2024. Là, j’ai été touché. Et Robert « Silk » Mason, dans le rôle du Magical Mister Mistoffelees, livre un numéro de magie qui reste l’un des grands moments du show. Et cette 30-inches wig !!
Le spectacle dure environ 2 h 45 avec entracte et ça ne m’a pas semblé long, même si j’avais déjà vu le show et savais à peu près ce qui m’attendait. Il y a quelques moments qui plombent un peu l’ambiance, surtout les séquences avec Old Deuteronomy qui s’étirent inutilement. Mais dans l’ensemble, le rythme tient. La grande fête à l’arrivée du Suprême Leader, le numéro de magie, le Railway Cat : autant de moments qui maintiennent l’énergie. Petite comparaison pour finir : la seule vraie différence notable par rapport à 2024, c’est la séquence finale, celle où Grizabella, incarnée par « Tempress » Chasity Moore, accède au paradis, qui a été retravaillée. Le public a bien répondu, avec des applaudissements réguliers et une salle globalement heureuse, même si l’ambiance me semblait un peu moins folle qu’en 2024.

CATS: The Jellicle Ball à Broadway, c’est un spectacle réussi mais pas transformé. Le transfert n’a pas apporté la montée en puissance visuelle et spatiale qu’on était en droit d’espérer. La scène est trop petite, l’esthétique n’est pas foncièrement plus impressionnante, et les gradins sur scène ne compensent pas l’absence d’un vrai grand runway. Mais l’essentiel est intact : une grande fête hommage à la communauté Ballroom, portée par un cast exceptionnel, des numéros de vogueing à couper le souffle et quelques moments d’émotion sincère. Je lui mets 7/10 👍
Si vous aimez CATS ou le Ballroom, foncez. Si vous n’avez aucune appétence pour l’un ou pour l’autre, passez votre tour. Et dans tous les cas, évitez les places sur scène pour une première visite : vous rateriez trop de choses. C’est l’une des plus belles surprises que j’ai vues à Broadway ces dernières années, et je ne regrette pas d’y être retourné. La nouvelle saison s’ouvre sur des perspectives intéressantes. J’ai dans ma ligne de mire Titanique, que j’avais vu off-Broadway et qui s’offre un transfert avec un décor apparemment bien plus impressionnant. Il y a aussi Beaches et The Lost Boys. Bref, de quoi remplir les prochains mois. Retrouvez-moi sur Facebook, X et Instagram pour suivre tout ça, et découvrez toutes mes chroniques de spectacles en cliquant ici : #Broadway 🎭
Extraits « CATS: The Jellicle Ball »
